Abstract
En centrant l’analyse sur une étape du parcours de Michel Bernard, durant laquelle il intervient à l’École normale supérieure d’éducation physique, notre propos vise à reconsidérer l’apport de cet acteur comme étant révélateur d’une mutation théorique fondamentale dans ce secteur professionnel, à travers l’introduction des sciences humaines. La perspective adoptée sous l’angle d’une biographie herméneutique1 permet de rendre compte, à travers la singularité du personnage, des évolutions et des tensions collectives qui se dessinent autour des représentations du corps et des velléités d’émancipation qui caractérisent les années précédant mai 1968.Il convient, tout d’abord, de souligner que la « vocation » philosophique de Michel Bernard émerge tardivement. Enfant, il se souvient avoir désiré faire de l’astronomie ou de l’astrophysique, par mimétisme à l’égard de son père, un passionné de physique obnubilé par la théorie du mouvement perpétuel2. Au lycée, en 1944, il opte pour un baccalauréat scientifique et désire s’orienter vers les mathématiques. En cette période adolescente troublée par la guerre, un diagnostic de tuberculose l’oblige à quitter le domicile parental à Grenoble pour rentrer au sanatorium de Saint-Hilaire du Touvet. C’est là que naît et s’affirme la volonté de faire de la philosophie. De retour à Grenoble, une fois son baccalauréat scientifique obtenu, il opte finalement pour des études de philosophie à la rentrée 1946. Cette voie le passionne à tel point qu’il refuse la proposition familiale de devenir gérant de l’hôtel hérité du grand-père maternel. L’agrégation de philosophie s’impose bientôt comme le seul objectif envisageable.