Résumé
Objet de nombreuses discussions et de nouvelles orientations politiques en quête d’une gestion équilibrée, éthique et démocratique de la ville, la question de la participation citoyenne est, dans la politique urbaine de Rio de Janeiro, à l’image des jeux d’acteurs et des enjeux que pose la réalité d’un espace urbain fortement marqué par un processus historique de ségrégation et de discriminations. Depuis leur émergence, à la fin du XIXe siècle et jusqu’à aujourd’hui, les favelas ont fini par occuper une place centrale dans les politiques urbaines. Entre la lutte contre cette réalité urbaine et sociale et la valorisation de leurs spécificités et de la diversité culturelle qu’elles matérialisent, les favelas sont aussi au cœur de la réflexion sur la place des habitants dans l’action urbaine. Dès lors, l’étude de la participation, comprise comme « un ensemble d’actions organisées et finalisées dans le but d’associer les personnes les plus directement concernées à la conception ou à la réalisation d’un projet complexe » (Kedadouche 2003, 15), apparaît comme un analyseur pertinent des modes d’action politique et des nouvelles dynamiques qui marquent les projets d’aménagement et la politique urbaine poursuivie par la municipalité de Rio de Janeiro. On veut tester l’hypothèse qu’en dépit d’une adaptation récente des discours des institutions internationales de stimuler la participation des habitants dans les projets d’aménagement à travers le monde, les modes d’action politique à l’échelle locale suivent un double mouvement : d’un côté, ils tentent de répondre aux injonctions prônant la participation des habitants dans les projets d’aménagement ; de l’autre, ils restent marqués par un processus historique selon lequel les habitants des favelas demeurent largement instrumentalisés et contraints, pour prendre part aux débats publics, à jouer avec l’ambiguïté des cadres formels et informels dans lesquels ils sont inscrits.