Abstract
Publiée par Pierre Renouvin en 1946 alors que l'Asie contemporaine était encore une terra incognita pour les historiens, La question d'Extrême-Orient a marqué un tournant dont l'importance n'a peut-être pas été pleinement mesurée. Certes, l'approche y était encore dominée par une histoire assez classique, européo et stato-centrée, des relations entre l'Occident et les grandes puissances asiatiques, dans laquelle l' Asie du Sud-Est n'était évoquée principalement qu'à travers l'Indochine encore française, à l'été 1946. Si l'auteur pressentait l'importance de la relation entre les deux grands vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis et l'URSS, sur le destin de ce continent dont la guerre avait modifié en profondeur les rapports de force 1 , il ne pouvait discerner encore le rôle majeur qu'allait rapidement y jouer la Chine communiste, aux côtés de l'URSS, puis contre elle, et encore moins esquisser les prémices de la construction régionale dessinée par l' Association des nations de l'Asie du Sud-Est (Asean) à partir de 1967. Cependant, une note de bas de page, en apparence anodine mais en réalité programmatique, avertissait le lecteur, dès la première page de l'ouvrage, que ce livre n'avait nullement l'ambition d'être « une histoire de l'Extrême-Orient, que seuls peuvent écrire des historiens possédant les connaissances linguistiques nécessaires », mais seulement d'éclairer les problèmes internationaux. Or, non seulement Renouvin, puis Duroselle dans son sillage, ont contribué à redonner à cet espace une place dans l'histoire des relations internationales, mais ils se sont tous deux employés à faire émerger cette génération d'historiens contemporanéistes de l' Asie que l'auteur de La question d'Extrême-Orient appelait de ses voeux 2 .