Abstract
2006 est l'année de la crise sanitaire du chikungunya à La Réunion. La venue de renforts militaires pour démoustiquer l'île signale "l'état de guerre sanitaire" pendant 3 mois. Les nombreuses analyses de cette crise sanitaire pointent sa formulation en un problème de moustiques. D'ailleurs la principale erreur attribuée aux gestionnaires de santé publique serait de n’avoir vu dans les premiers signalements de malades (dès 2005) qu’un problème de moustiques et marginalisé les malades. Cette formulation du problème public "chikungunya" comme environnementale est partagée par de nombreux autres acteurs et actrices. Ainsi, la crise a été l'occasion d'exprimer sur la place publique un souci pour la nature. Ces acteur·rices le reformulent comme un enjeu de justice pour les humains et la nature et demandent que leurs intérêts soient reconnus. En se mobilisant, ils ont revendiqué une gestion équitable de la crise : équitable à la fois pour les malades et pour la nature. Justice sanitaire et justice écologique sont alors rendues indissociables. De ce fait, la crise du chikungunya constitue un double mouvement de justice environnementale : en mettant l'environnement au rang de "ce qui compte" et en dénonçant les rapports de pouvoir et la colonialité qui s'y joue. En effet, parce qu'elle se situe dans une postcolonie, cette crise rend compte également de la colonialité de l'action publique sur ce territoire