Abstract
Depuis Homère, les marins connaissent les pièges de la navigation dans le détroit de Messine, entre Charybde et Scylla. Cette antique géographie du danger semble, hélas, s’être rejouée en Méditerranée, devenue le théâtre récurrent de la détresse humaine, où la mort n’est plus une tragédie mais une statistique. L’expression, Tomber de Charybde en Scylla, peut indéniablement s’appliquer à la situation des candidats à l’exode, réfugiés, déplacés et migrants. Ceux qui fuient leurs pays doivent affronter des périls sans nombre, s’en remettre à des organisations criminelles, affronter les flots sur des embarcations de fortune, au risque du naufrage et, dans le meilleur des cas, aborder sur des rivages hostiles.Naguère vantée comme le berceau des civilisations la Méditerranée demeure le cadre de véritables drames humains, pour des enfants, des femmes et des hommes qui fuient la famine, la misère, les persécutions ou la guerre.L’ensemble des acteurs est confronté à des perceptions et des injonctions paradoxales : lutte contre l’immigration clandestine, protection des victimes, obligation de secourir toute personne en détresse en mer. La traversée (I), comme l’atterrissage (II), soulèvent de nombreux questionnements au confluent de multiples disciplines : droit international, droit de la mer, droits de l’homme, droit humanitaire, droit des réfugiés et, bien entendu, du droit à la sûreté voire à la sécurité. Ainsi va le droit dans sa forme contemporaine : tantôt protecteur, tantôt défaillant, souvent contourné, parfois cyniquement invoqué. La tragédie homérique a changé de décor, mais pas de nature. Ce n’est plus l’Odyssée d’Ulysse que nous lisons, mais celle d’une humanité déracinée, confrontée à une Europe hésitant entre ses valeurs proclamées et ses réalités politiques. Main tendue ou poing fermé ? Vexata quæstio !