Résumé
En Afrique de l'ouest où les modèles d'alimentation du nourrisson sont dominés par l'allaitement maternel prolongé, la prévention de la transmission du VIH impose des pratiques inhabituelles : l'usage du lait artificiel ou un allaitement exclusif limité à six mois et suivi d'un sevrage rapide. Ces pratiques sont des « innovations » et ne peuvent être appliquées que sous certaines conditions par les mères ; elles ont aussi des effets sociaux. Deux études ethnographiques menées en 1998-2000 puis en 2003-2007 ont exploré les perceptions des femmes concernant les modalités d'alimentation du nourrisson acceptables, les conditions pour être considérée comme « une bonne mère » et les rapports sociaux impliqués dans l'allaitement en contexte patrilinéaire. Ces études montrent les contradictions auxquelles les femmes doivent faire face dans deux cultures locales de l'allaitement : celle qui engage le père de l'enfant et l'entourage, et celle construite dans les services de soins et les associations d'appui aux personnes vivant avec le VIH. L'expérience des mères séropositives met en lumière des éléments clé concernant les cultures locales de l'allaitement, qui incluent les changements survenus au cours des dix dernières années à propos du rôle des pères, de l'impact des conceptions de l'allaitement dans les institutions biomédicales et de la promotion d'un modèle de soin à l'enfant restreint à la relation mère-enfant. Ces dimensions sont situées dans des tendances évolutives plus générales dans les sociétés ouest-africaines concernant l'autonomie des femmes, le rôle du couple dans la famille élargie et la médicalisation de l'alimentation infantile.