Abstract
Cet ouvrage collectif pose à nouveaux frais la question des modes d’exercice du pouvoir politique. La différenciation croissante des sociétés contemporaines implique que les gouvernants prennent appui sur diverses formes d’intermédiation leur permettant, avec un succès jamais acquis par avance et sans cesse susceptibles d’être remis en cause, de s’assurer de l’obéissance au moins relative des gouvernés. C’est aux reconfigurations contemporaines de ces intermédiations du pouvoir politique qu’est consacré ce livre. Par la mise en relation de treize enquêtes relatives à des sociétés contrastées, il donne à voir la grande variabilité des modes d’exercice du pouvoir politique et tente, en creux, de dégager quelques régularités quant à l’allongement contemporain et à l’invisibilisation des chaines de domination politique.Le chapitre intitulé "Des intermédiaires politiques aux positions incertaines. Les stratégies des dirigeantes et dirigeants de quartiers au Costa Rica pour maintenir leur accès aux ressources publiques" s’intéresse aux modalités d’intermédiation entre l’État, les partis politiques et lesquartiers populaires au Costa Rica. Cette position d’intermédiaire y est occupée par desdirigeants associatifs qui demeurent cependant peu étudiés. Dans le sens commun commedans les rares écrits scientifiques qui les mentionnent, ils sont décrits comme insérés dans desrelations clientélaires qui leur donnent un accès facilité à des ressources discrétionnaires. Ilsseraient pris dans des relations de dépendance fortes envers les responsables politiques et lesagents de l’État qui octroient ces ressources et les partis politiques auxquels ils sont affiliés.En retour, ces ressources leur assureraient la loyauté d’un voisinage captif. Or, l’observationethnographique témoigne de la fragilité de leur leadership local. S’ils cherchent à jouerlocalement les street level bureaucrats, leur pouvoir d’exécution des politiques socialesdemeure beaucoup plus limité que dans d’autres pays d’Amérique latine. Ils se distinguentainsi de la figure de l’intermédiaire qui dominerait son voisinage en redistribuant desressources publiques. Leur action se déroule en effet hors de réseaux clientélaires bienstructurés et ils peinent à obtenir les ressources pourtant nécessaires à la résolution desproblèmes de leur voisinage et donc au maintien de leur leadership local. Ce chapitreinterroge les stratégies mises en oeuvre par ces dirigeants de quartier pour endosserdurablement leur position d’intermédiaire dans ce contexte. Il montre qu’en l’absence d’unaccès stabilisé à des ressources essentielles au maintien de leur leadership, ces agents tendentà diversifier leurs modes d’action. Ils oscillent ainsi entre registre collaboratif et registrerevendicatif, nuançant ainsi les lectures qui tendent à essentialiser le travail d’intermédiationqu’ils réalisent.