Résumé
Qui ne souvient pas, enfant, avoir été dérangé par certains adultes lui imposant ses dogmes, qu'ils soient injustes ou tout simplement injustifiés ? La quête de la compréhension de la formation des dogmes chez un chercheur commence souvent par le désir de s’en libérer. Quelle meilleure manière de les déconstruire que d'étudier comment l'humain forme des concepts et ajuste la réalité selon divers paramètres spécifiques à sa nature ?L'accès à la réalité est intrinsèquement lié aux notions de subjectivité et d'objectivité. La croyance en l'objectivité suppose une perception directe du monde. Pour comprendre comment cette perception est en réalité façonnée par l'esprit humain, il est essentiel d'explorer comment nous construisons notre vision du monde.Dans un premier temps, nous proposons dans ce chapitre d’explorer la façon dont l’individu se forge une image du réel. Nous disons bien une « image », et seulement une « image », car nous verrons comment les processus neurologiques humains nous empêchent d’accéder directement à la réalité tangible.Puis, dans un deuxième temps, nous verrons que nous accédons également à la connaissance en faisant fi de la complexité du monde, en voulant discipliner et réduire cette complexité. Dans l’organisation de la connaissance en Institutions, les êtres humains ont fait le choix d’organiser la connaissance pour répondre à des problématiques organisationnelles plus que pour répondre à l’exigence de connaissance du réel. C’est ce que condamne fermement Edgar Morin depuis des décennies. Nous approcherons donc dans un deuxième temps la notion de Complexité qui est l’œuvre de la vie d’Edgar Morin.Ces notions de subjectivité et de complexité nous conduirons dans un troisième temps à tirer des conclusions sur la façon dont le chercheur doit se comporter pour accéder à la connaissance de la façon la moins mutilante, la moins tronquée, bref, la plus proche possible de la réalité tangible, si tant est qu’une telle réalité existe : c’est-à-dire en n’ayant de cesse d’explorer sa part de subjectivité et en adoptant les principes de la complexité tels que définis par Edgar Morin.Enfin, nous conclurons en arguant qu’une telle attitude de la part d’un chercheur, une telle quête de compréhension de soi et des mécanismes institutionnels en jeu dans l’acte d’accès à la connaissance ne peut que conduire à l’humilité, gage d’impacts moins mutilants des résultats de la recherche sur le réel.