Résumé
Ce chapitre interroge l’impasse des gouvernances environnementales fondées sur des savoirs abstraits, incapables de produire des actions transformatrices et de résoudre des conflits qui opposent des mondes vécus. En mobilisant les savoirs situés, l’affect, l’adaptation affective et la « connaissance qui affecte », les auteurs proposent de requalifier la solidarité écologique : d’un principe juridique et cognitif à un affect émergent. Par une approche deleuzo-guattarienne de l’assemblage, la solidarité devient une intensité ressentie de l’interdépendance, produite par l’alignement de perspectives hétérogènes (scientifique, agricole, cynégétique, conservationniste). L’étude des marais de Camargue montre comment des pratiques de co-production (gestion concertée de l’eau, pâturage, suivis partagés) peuvent générer un « monde commun » et ouvrir sur des dispositifs durables (pactes socio-écologiques, arènes délibératives des vivants). Elle plaide pour une gouvernance relationnelle, attentive aux médiations matérielles et sensibles, où faciliter la rencontre compte plus que décider, afin d’instituer la solidarité.