Résumé
Parmi les néologismes nés de la pandémie liée à la Covid-19, l’anthropause désigne la baisse drastique d’activité et de mobilité humaine durant le confinement, et les conséquences environnementales, sociales et biologiques de cette période exceptionnelle. Les changements soudains dans les niveaux de pollutions (aérienne, sonore, etc.), dans les déplacements et les activités humaines, dans la fréquentation et la gestion des espaces naturels, ont sans nul doute eu des effets sur la biodiversité. L’anthropause représente une occasion sans précédent d’explorer les liens entre activités humaines et fonctionnement des écosystèmes d’une part, entre politiques publiques et conservation de la biodiversité d’autre part. Par ailleurs, cette situation a aussi souligné les attentes fortes et immédiates de la société civile vis-à-vis de la recherche et mis en lumière une certaine forme de méconnaissance des sujets et processus de la recherche. Enfin, notre capacité à développer la recherche en temps de crise a été singulièrement mise à l’épreuve. Dans de nombreux pays, dont la France, le confinement du printemps 2020 a paralysé les recherches scientifiques de terrain s’intéressant à la vie sauvage. Des suivis de terrain de plusieurs décennies ont été interrompus, faute d’autorisation pour les chercheurs de se rendre sur leurs sites d’étude. L’interruption de ces suivis, pour la plupart centrés sur le printemps qui correspond à la saison de reproduction des animaux et au pic végétatif pour bon nombre d’espèces végétales, a entraîné une perte irrémédiable de connaissances essentielles pour éclairer les politiques publiques et la société, face aux changements rapides des écosystèmes et des services associés. Quelles conséquences ont eues les caractéristiques uniques de ce printemps « silencieux » sur la biodiversité et particulièrement sur le comportement des animaux, leur distribution ou encore la dynamique des populations ? Malheureusement, peu d’écologues, en France, peuvent apporter des éléments précis à ces questions. Seules quelques études très spécifiques ont pu voir le jour en réalisant des suivis et des mesures depuis le domicile des chercheurs, des naturalistes ou des volontaires (ex. le projet Silent Cities qui visait à caractériser les paysages sonores des villes pendant le confinement et lors du déconfinement). La poursuite de la collecte de données dans le cadre de certains projets (en particulier ceux des associations naturalistes) a apporté des éclairages opportuns sur l’impact des activités humaines sur le vivant. Dans la Baie de San Francisco, des chercheurs en écologie comportementale ont montré que la baisse du bruit de fond liée au confinement s’est accompagnée d’une grande flexibilité dans le chant des oiseaux : les bruants, par exemple, ont retrouvé des fréquences vocales similaires à 1971 et multiplié par deux la portée de leur chant.