Résumé
En 1810 paraît à Saint-Pétersbourg un Essai sur les opérations pratiquées lors de la fusion en bronze des statues colossales, d’un seul jet. Publié en édition bilingue, russe et française, l’ouvrage est signé par Piotr Petrovitch Tchekalevski, alors vice-président de l’Académie impériale des beaux-arts de Saint-Pétersbourg. Destiné aux « amateurs des beaux-arts […] qui témoignèrent le désir de connaître les différentes opérations de la fonte », ce traité technique est enrichi de seize planches, dont sept présentent en plan, en coupe et en élévation, la fonderie d’art de la capitale. Tchekalevski y aborde les différentes opérations pour couler les statues colossales et présente la fonderie de l’Académie comme une bâtisse destinée à « faciliter par tous les moyens possibles les progrès de cet art ». Par sa qualité éditoriale et par le choix même de la publication bilingue, ce volume dépasse le simple manuel pratique et se fait le reflet des ambitions d’un empire qui, à la charnière des XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles, s’affirme progressivement comme un acteur majeur de la scène européenne, notamment dans le domaine artistique. Dans un contexte de tensions croissantes avec la France napoléonienne, le rôle joué par l’Essai de Tchekalevski et la fonderie d’art dans la valorisation à la fois technique, symbolique et politique des fontes russes, ainsi que dans la mise à distance des étrangers, en particulier des Français, apparaît dès lors déterminant.